Retour sur le 17 octobre avec une proche, notamment sur la casse qui a été faite.
Je cite une interview d'une député ou adjointe de mairie, je sais plus trop, qui à mon sens, avait bien pris position sur la question de la casse vs la violence policière.
Et là, la personne avec qui je suis m'arrête. "Pourquoi tu défends les commerçants? Pourquoi tu défends des exploiteurs?"
J'essaie d'expliquer, les petits commerçants, ceux qui ont une boutique, ne peuvent pas prendre de vacances etc. C'est eux qui ne méritent pas d'avoir leur vitrine pétée.
Ayant moi-même bossé dans une petite entreprise comme ça, on utilise cette expérience comme point plus concret. Je continue de défendre les commerçants. Et c'est drôle, car je pensais savoir ce que je disais, vraiment. Je pensais pouvoir défendre les commerces de quartiers tout en me disant anti-capitaliste. Mais le credo de l'anti capitalisme, selon Marx, n'est-ce pas l'abolition de la propriété privée? La propriété privée, celle dont on a pas besoin pour survivre (sa maison, ses meubles, ses vêtements) ?
Heureusement que la personne avec qui j'en ai parlé est patiente et me connais assez bien. Parce qu'en rétrospective, j'ai été fort idiot.
Je défendais mon ancien patron en disant que les commerçants comme lui n'avaient pas de budget "réparations de vitrines", ce même patron qui peut se permettre d'offrir un article à ses trois employées (article d'une valeur de cents euros) ? Ce patron qui avait au total, six employés, lui-même non inclu puisque sa présence sur l'espace de vente était aléatoire ? C'est vraiment ce commerçant que j'ai défendu ? Un bourgeois qui gagne suffisamment bien sa vie pour exploiter autrui par le travail ? Un bourgeois qui, sans son entreprise, serait simplement envoyé dans la même case que moi, à devoir travailler de ses propres mains pour gagner sa pitance ?
Enfin voilà, c'est une réalisation honteuse de ma part. La casse reste quelque chose de pas fifou, aux commerçants, je dis "c'est moche, désolé" et c'est tout. Parce qu'au fond, je ne veux quand même toujours pas du capitalisme.
Je peux faire preuve d'une certaine compassion mais je reste socialement plus proche des SDF et des sans-abris que de ces commerçants qui chouinent. Je ne possède rien que des biens personnels. Je ne peux pas me payer un appart ni même un cagibi, je ne peux pas financer de quoi monter mon entreprise, je ne peux même pas me payer de bagnole. J'ai failli me retrouver à la rue déjà par deux fois en l'espace de cinq ans, et je n'allume mon chauffage que quand j'ai des invités. J'ai rarement eu des salaires complets.
Donc non, je n'ai, au final, pas de raisons de défendre les commerçants.
Ma quête d'éducation continue.
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