Dessinateurs et plasticiens qui questionnent le medium BD
La narration, la séquence, la figuration...
Manu LARCENET est un auteur de bande dessinée français qui a commencé sa carrière
dans le magazine satirique Fluide Glacial en produisant de la bande dessinée humoristique et
parodique pour adulte, dans laquelle il aborde déjà le thème de la maladie mentale. Il publie
en 2009 le premier tome de Blast. Manu LARCENET est diagnostiqué bipolaire à l’âge
adulte ce qui marque grandement son travail. S’il raconte son quotidien dans une bande
dessinée classique, textuelle et figurative dans Le combat ordinaire, ce n’est pas ce qu’il
choisit de faire dans Blast. Polza, le personnage principal, est victime de crises auxquelles il
réfère en tant que «Blast», qu’on pourrait traduire « souffle destructeur ». Le personnage lui même manquant de mots dans sa langue pour décrire ce qui lui arrive se reflète dans le
dessinateur qui pour représenter le «Blast» n’a d’autres choix que de passer l’abstrait, ou à
minima l’informe. Pour cela, LARCENET fait le choix d’intégrer des dessins d’enfants à ce
qui semble être une explosion de taches et de couleurs.
Dans le monde de la bande dessinée, ce travail trouve des résonances fortes avec celui de
Julie DOUCET, autrice de bande dessinée québécoise. Sa pratique s’inscrit dans la bande
dessinée underground canadienne et la culture du fanzine. Elle a fréquemment recours au
pliage, à la gravure ou au collage dans ces œuvres, comme sur cette affiche réalisée pour le
festival d’Angoulême. Elle a bien souvent recours au collage dans le but de provoquer un contraste avec sa pratique
graphique. Elle découpe les photos de modèles à la féminité exacerbée dans des magazines de
mode afin de les poser en comparaison directe avec ses dessins naïfs et « trash ». Ce contraste
découle à la fois d’une volonté politique de dénoncer des normes de beauté inatteignables,
mais c’est aussi un outil de narration qui fait douter le lecteur sur l’appartenance des
personnages au récit, car cela les rapproche du caractère, publicitaire voire décoratif que ces
figures incarnent en général dans les magazines.
Alberto BRECCIA qui tentera de représenter Cthulhu par un amas de lignes et de traces
d’encre qui semblent ne pas avoir de commencement ni de fin, sans pouvoir même y
distinguer une tête ou un corps
Si MOLOTIU crée des planches remplies de formes géométriques,
Ibn AL RABIN représentera des personnages qui jouent avec les codes de la narration, quand
d'autres encore ne chercheront à obtenir un effet d’abstrait que le temps d’une case. Pour
arriver à cela, les auteurs tentent de subvenir également les codes de la bande dessinée de
manière plus générale, le format, le sens de lecture, la chronologie, la technique, les
matériaux, l’édition et la distribution.
La bande dessinée abstraite des années
2000 prend donc souvent la forme seule planche comme ci-dessous chez Lewis
TRONDHEIM. Celle-ci est exposée accrochée au mur, et la consigne que reçoit le spectateur (par une
demande directe du dessinateur, mais également par internalisation des codes d’exposition),
c’est qu’il doit l’appréhender, la regarder comme un tableau.
Pascal JOUSSELIN, loin de se revendiquer de la BD abstraite. Dans la série Imbattable,
bien qu’il existe une narration et des personnages, le lecteur suivra un « super-héros »,
capable de sortir des cases, de voyager de l’une à l’autre dans un ordre qui déboussole le
lecteur, de sauter des pages, revenir en arrière…
Dans
Trillium, Jeff LEMIRE narre deux histoires en parallèle et utilise la symétrie, pousse le
lecteur à tourner et retourner le livre.
Perturber la séquence est une piste pédagogique à penser avec des élèves lorsque l’on évoque
la bande dessinée pour briser les stéréotypes des cases qui se souvient dans un sens de
lecture. On peut même les amener à prendre conscience du support et son influence sur la
narration.
La série Moi ce que j’aime, c’est les monstres, d’Emil FERRIS mime les pages
d’un carnet dont l’ordre de lecture est plus ou moins laissé au choix du spectateur
SAMPLERMAN ou YVANG compose ses œuvres à partir de fragments de bandes dessinées
anciennes, juxtaposés et recombinés pour créer des univers visuels chaotiques, souvent sans
portée narrative.
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